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socialismeGourmand_PaulAries

Le socialisme gourmand

Le Bien-vivre: un nouveau projet politique
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Paul Ariès
ISBN : 9782359250398
Ed La Découverte mars 2012

"Nous ne sommes pas confrontés à un problème de croissance économique mais à un choix de société; le seul manque qui nous menace, c'es celui de démocratie."1

4 Gauche eutopique contre gauche sacrificielle

"Nos organisations (de gauche) sont peut-être construites pour mener de batailles et gagner des guerres, mais pas pour y vivre. On est bien plus heureux dans un club de boulistes, un groupe d'amis, en famille qu'au sein dune avant garde révolutionnaire. Les vrais amitiés y sont rares et fragiles."2

"... la nécessité d'entretenir un défaut de jouissance comme façon de produire du pouvoir. Les sacrifices sont toujours célébrés par et au nom d'un appareil. C'est vrai des sacrifices religieux, mais aussi de ceux ordinaires du militantisme. Ce la direction qui impose ce report de jouissance au nom d'une jouissance à venir, c'est elle qui en vit en définissant ce qui doit être sacrifié au nom du futur. La bureaucratie tien son pouvoir de sa gestion de l'utopie et des sacrifices afférents. Fonder un socialisme sur le report de jouissance, c'est à dire sur un utopie dont la réalisation est sans cesse repoussée, n'est pas tant une façon de frustrer les militants que d'asseoir le pouvoir de la direction chargée de gérer cette frustration.
La droite a délégitimé l'utopie. La gauche a suivi, ignorant la mise en garde et faisant fi de sa propre histoire. ci qui a suivie la désutopie, ce fut par la vie, mais les discours sérieux, avec majuscules, les discours de donneurs d'ordre. Nous devons opposer au réalisme frileux l'éloge des expérimentations et du bricolage, c'est à dire aussi le droit de militer chacun à sa façon, à son propre rythme, en commentant des erreurs. ... . L' eutopie est le bon lieu, le pays du bonheur. La vrai question n'est pas celle de l'utopie versus l'eutopie, mais celle de la bonne distance. Il s'agit d'imaginer une utopie qui n'appelle pas au sacrifice mais ouvre l'accès à l'utopie."3

"La grande question du socialisme gourmand est donc de savoir comment susciter le désir, comment donner à un majorité envie de changer de vie. Il est évident que le capitalisme donne de la jouissance dans le même temps où il produit insatisfaction profonde. Comment faire, politiquement, face à la dépossesion de soit qui caratérise l'univers capitaliste, si ce n'est en se retrouvant et en retrouvant les autres?"4

"J'ai souvent croisé le fer avec des écologistes expliquant qu'ils auraient aimé pou8voir jouir lontemps du capitalisme si seulement les écosystèmes le permettaient! Je fais partie de ceux que la jouissance que promet et donne le capitalisme n'a jamais vraiment comblés."5

"En latin neg-otium signifie le dafaut d' otium, dont de loisirs."5
"Le socialisme réel a montré une volonté farouche de museler le désir, de nier sa complexité, montrer aussi son incapacité à être polyphonique pour être du coté de la fabrique de l'humain. Cela s'est accompagné d'un refus du socialisme des conseils, de l'autogestion, de la démocratie et du choix de l'embrigadement comme toute créativité sociale.

Le refus de l'homme réel caractérise donc autant ce socialisme (réel) que le capitalisme."6

"pourquoi ne pas parler d'une augmentation de leur (des personnes) pouvoir de vivre plutôt que de leur pouvoir d'achat? C'est à cela que répond, par exemple (la proposition du), le revenu garanti (dotation inconditionelle d'autonomie) sous une forme démonétarisée; gratuité des transports en commun, de l'eau vitale, de la restauration scolaire, etc. La gauche a oublié que le sujet n'est pas du coté de l'accumulation sans fin, mais du coté de la gratuité, du don, du partage, de la poésie, du jeu, mais aussi, comme le note Luis de Miranda, de l'esplièglerie vis-à-vis de son propre statut social/humain. Le socialisme gourmand ne peut se dévélopper qu'à partir d'un intélligence du désir."7

"Ce qui rend aujourd'hui optimiste, c'est la baise tendantielle du taux de négation du désir: de nombraux jeunes ne veulen plus perdre leur vie à la gagner et partagent le sens de la fête. C'est la tendance à la démoyennisation de la société qui fait qu'une génération entière sait qu'elle n'a rien à attendre du système. La contestation du monde de la marchandise se développe en ne disant pas son nom."8

"Que d'une façon générale tout le monde (en Occident tout au moins) semnble être content de l'accès à la consommation et au confort que le système procure, voilà qui est particulièrement effarant. Le système a réussi à se fabriquer ainsi une adhésion très large, non pas des citoyens, mais des consommateurs, contents et assujetis, une sorte de petit bonheur consensuel administré, Ce n'est pas l'intelligence strictu sensu, l'entemdement, car le système a besoin d'entendement. D'ailleurs, le système s'appelle aujourd'hui capitalisme cognitif, cela veut dire qu'il a un besoin vital de production et de transmission de connaissances, de formation de compétences aptes à acquérir des savoirs opératoires et à les utiliser, de spécialistes et d'experts, il a besoin donc de s'annexer l'université et la recherche comme on le voit à présent. En revanche, ce dont le système n'a que faire à bien des égards, c'est la faculté de sentir, l'écoute fine, l'aptitude aux nuances. C'est cela qui est en souffrance (Plino PRADO Entretien, tête-à-tête, 1, 2011)"9

"Il n'en reste pas moins que le sommet de la hiérarchie est occupé dans le champ scolaire par le regard, l'ouïe, le toucher. Je reste personnellement fidèle au goût comme matrice de la capacité de jugement: celui qui apprend à différencier les saveurs (par les sens, y compris l'odorat) a plus d'espoir de savoir différencier les idées. Ce n'est pas tant dans la bouche que McDo? a mauvais goût que dans la tête"9

"Le socialisme gourmand doit donc inscrire à son programme le droit à l'intensification et au raffinement du sensible. Faire sécession est donc la condition de la redécouverte d'une autre sensibilité, plus ample et fine.
Nous ne sommes pas sans bagages pour commencer ce voyage qui doit nous conduire à réinventer une patrie, c'est-à-dire ce lieu où l'on demeure fécond. Je pourrais déjà citer ce travail sur la sensibilité qu'est l'engagement militant, le fait que nos moi se frottent les uns aux autres dans une perspective qui n'est pas celle du profit; je pourrais citer aussi les milles façons de travailler autrement inventées par le mouvement coopératif, l'économie sociale et solidaire, les milles façons de consommer autrement avec le commerce équitable, éthique, l'habitat autogéré, les écoquartiers, les AMAP, les SEL, les monnaies locales et fondantes, les semis désobéissants, le slow food, les villes lentes, etc.
Le socialisme gourmand se réalisera s'il sait inventer des politiques qui font la part belle aux passions joyeuses."10

"Ceux qui préférent ne pas (voter Chirac) est le titre d'un ouvrage collectif publié ... pour poser un geste pluriel qui s'écrit contre l'imposture de la démocratie médiatico-parlamentaire et comme désaveu du mensonge des urnes comme seule préalable nécessaire à toute nouvelle politique d'émancipation."11

"... le philosophe marxiste anglais John Holloway qui au nom de l'expérience zapatiste appelle à 'changer le monde sans prendre le pouvoir'."11

"Le commun n'est donc pas un ensemble de biens qui n'appartiendrait à personne et que tout un chacun pourrait utiliser librement. ... Le commun est un don qui oblige à rendre, donc il est avant tout une relation. Il n'y pas de biens communs en soit (comme l'eau, l'éducation, etc.). Le danger de cette conception en vogue au sein de l'altermondialisme est de faire du commun une exception aux biens marchands.
Si l'on peut imaginer de commencer par la gratuité de l'eau vitale et d'autres services publiques locaux, on entends bien poursuivre ce mouvement au niveau national/européen/mondial. Les biens communs sont des institutions, pas des choses. Il ne s'agit pas de reconnaître des communs qui préexisteraient mais de les instituer. Le paradigme central est celui de la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage, mais il n'existe pas de définition objective (scientifique) et encore moins moraliste du bon usage et du mésusage. La seule définition possible est politique. On trouve sous la gratuité de l'eau vitale, de la restauration scolaire, des transports en commun, de l'école, des services funéraires ... un acte collectif d'institution."12

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Created by walter. Last Modification: Monday 23 of July, 2012 16:20:29 PDT by walter.